VERS LA DÉCONSTRUCTION : ULTIMES CONSTATS

24 janvier 2010 par Paul-Alexandre  
article classé dans : Chroniques, Histoire et Théologie, Politique

Chronique de Romain Simmarano et Olivier Pataille

Albert Camus disait, dans ses Lettres à un ami allemand, que l’esprit ne pouvait rien contre l’épée, mais que l’esprit uni à l’épée restait le vainqueur éternel de l’épée tirée pour elle-même.
Ce postulat fort de sens nous amène à nous interroger sur le sens profond de notre engagement. Y a-t-il le moindre espoir de voir un jour nos combats couronnés de succès s’ils se passent de principes moraux et politiques? La réponse est évidemment non. Se poser cette question revient même à envisager l’existence d’un combat uniquement porté sur la forme de ce dernier, ou sur le résultat espéré. Il est plus que jamais nécessaire d’affirmer que ce genre de combat n’a pas sa place. C’est bien lorsque le politique perd de son sens que la décadence et le désordre font leur apparition.
Ainsi, posons-nous la bonne question, celle qui, au fond, doit et devra nous animer lors de nos engagements futurs. Sur quels principes nous appuyer? Quelles sont les fins de nos actions quotidiennes, vers quoi doivent-elles tendre ?
S’il ne s’agit évidemment pas de fournir ici un développement exhaustif, nous apportons ici notre vision de la réponse à cette question, et espérons amener des pistes non négligeables.

Tout d’abord, il est question de ce qui fonde nos valeurs morales, origines et créatrices de notre engagement. La recherche du Vrai, du Beau et du Juste, émanations humaines de ce qu’il convient d’appeler le Bien, sont des principes universels auxquels nous ne devons jamais oublier d’affirmer notre fidélité.
Notre appartenance à la nation française ajoute une touche spécifique de grandeur. L’action politique ne doit jamais se départir de celle-ci, qu’elle soit grandeur d’âme ou grandeur d’action. Enfin, et voilà bien un héritage dont vous pouvez vous prévaloir chaque année au-devant des nombreuses forces de la médiocrité, c’est la Liberté qui nous anime. C’est parce que l’Homme est libre qu’il est capable de défendre le Bien en connaissance de cause, et parce qu’il est libre qu’il sait également assumer les responsabilités. Responsables comme militants, nous le savons: sans la liberté, il n’est de vie et de pensée. Sous toutes ses formes, notre combat universitaire nous pousse à la défendre et à la prôner. Tâchons de ne pas en faire un terme creux ou qui se cantonnerait à la perception infantile qu’en ont certains: l’Homme libre commence par être conscient de la plénitude de sa liberté.
Ces fondements placent, il faut bien le dire, l’Homme au coeur des civilisations. Ce n’est pas un hasard. Maillon essentiel et décisif dans la constitution de sociétés humaines, les civilisations qu’il construit sont à l’image de ce que son âme contemple. Si l’Homme est voué à faire le bien, il a le devoir de se montrer digne de cette mission. Tendant vers une recherche constante de la Vérité par la connaissance, il doit également développer un sens aigu de la justice. Amis juristes, n’oubliez jamais la mission civilisatrice qui est la vôtre. La massification de l’enseignement juridique et la diversification de ses missions ne doit pas faire perdre de vue l’objectif final: rendre la Justice. Non la compassion, non la tyrannie, mais bien le règne de ce qui est juste.
Ainsi l’Homme n’est-il pas un détail. Sa perception, sa raison et ses valeurs en font, s’il le veut, le dominateur perpétuel de la structure. Il n’y a pas de structure sans homme, mais il y a des hommes sans structure.

Pourtant, ces valeurs sont mises à mal de manière profonde par les penseurs coupables de la déconstruction permanente. Constamment bafouées par les habitudes médiatiques et corporatistes de nos sociétés contemporaines, elles perdent du crédit à mesure que les personnes censées les défendre perdent espoir et fidélité. Ces sociétés, si elles présentent parfois des signes encourageants, sont initialement viciées dans leurs perspectives d’évolution. Il s’agit de bien comprendre pourquoi, et de rester fidèle à notre engagement de lutte contre ces dérives.

Echec cinglant, la pensée de la déconstruction se fonde sur le constat profondément malsain que le pérenne n’a pas de sens. Fi des enseignements de nos aînés, aux oubliettes les bonnes coutumes civilisatrices. Le marxisme culturel a vaincu et accouché d’un monstre. Une hydre, devrait-on plutôt dire, tant elle se dévoile sous de multiples formes.
Tout d’abord, le fameux progressisme. Vainqueur de nombreuses batailles, mais jamais de la guerre, fort heureusement. La dialectique éternelle est celle du Bien contre le Mal. Quelle que soit notre lecture de cette dychotomie, il va de soi que certains actes sont foncièrement bons, tandis que d’autres sont foncièrement mauvais. Ce constat n’a rien de désuet: il est tout simplement le résultat du bon sens et des enseignements fournis par la longue marche des Hommes.
Apprentis sorciers, ces nouveaux venus ont cherché à imposer aux sociétés occidentales une nouvelle grille de lecture, une nouvelle dialectique. A l’image de l’absurde calendrier révolutionnaire censé remplacer dix-huit siècles de pratiques juliennes et grégoriennes, les apôtres de la déconstruction ont pensé qu’il allait de soit que tout ce qui changeait était bon. Une remise en cause permanente, un cycle infini de créations et de nihilisme collectif. Ainsi n’existaient plus ni Mal ni Bien, mais Progrès et Conservation.
Si les dangers d’une telle vision ne sont plus à décrire, il faut bien ajouter que la recherche finale de ces affabulateurs permanents est bien celle d’une infantilisation de l’Homme. Créancier permanent, pour reprendre l’expression d’Alain Finkielkraut, il perd toute notion de responsabilité et d’héritage. Ce n’est pas là l’espoir que des militants comme nous doivent fonder pour l’Homme. Bien au contraire!

Passons à la seconde tête de cette hydre, risible et terrifiante. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend à notre époque des formes inquiétantes et une ampleur considérable: l’on parle bien sûr ici du communautarisme. A l’image de M. Tariq Ramadan, véritable « citoyen du monde », à la nuance près qu’il se sent bien partout non pas parce que toutes les cultures lui conviennent, mais parce qu’il impose à chacun des territoires dont il est l’hôte son propre mode de vie et sa propre culture. L’existence provoquée, donc, de groupes culturels renfermés et niant l’existence même de valeurs communes faisant le socle des civilisations, est inacceptable mais bien réelle. Les pressions exercées sur les Etats, pourtant supposés souverains, pour abandonner leurs coutumes et leurs critères sélectifs séculaires, ajoutent au malaise et à l’incertitude de notre temps.
Le jeune rhéteur Augustin de Thagaste, au destin bien connu, demanda un jour à Saint-Ambroise, alors évêque de Milan, si le repos hebdomadaire devait se célébrer le samedi comme à Milan ou le dimanche comme à Rome. Il s’attira cette réponse devenue proverbiale: « A Rome, fais comme les Romains. »*
Evidence, s’il en est: l’on ne saurait s’attirer la bienveillance de son hôte si l’on n’accepte pas les règles qu’il fixe en son domaine. Le communautarisme est bien une émanation supplémentaire de ce refus d’exister en tant que civilisation assumée, de cette déconstruction permanente laissant la place à tous les modes de vie possibles, bons ou mauvais.

Le troisième et ultime visage de cette créature est assez difficile à définir. Si l’on devait retenir une appellation, il faudrait parler de négation acharnée des racines. Conséquence de l’idée même de progressisme, le vieux fantasme de la destruction créatrice dans le domaine de la pensée et de la société a également pris pied.
Il y a bien une honte de son Histoire et de ses aïeux dans les sociétés occidentales. On assiste à une dictature pernicieuse de l’Histoire de complaisance, cette manipulation constante des programmes et des modes de formation des instituteurs et professeurs, afin qu’ils enseignent pour le plus grand nombre des mensonges. Mensonges qui, n’hésitons pas à le dire, n’ont rien d’innocent. Ils sont toujours dirigés vers les mêmes cibles. Deux exemples suffisent pour s’en convaincre, le premier concernant l’affaire récente à propos de la béatification programmée de Pie XII.
L’Union Soviétique fut la première à fomenter une cabale contre la mémoire de ce Souverain Pontife, dans le but de fragiliser la position de l’Eglise à la fois dans les pays de l’Est et dans nos nations européennes. Charmés comme ils le sont toujours par ces infâmes coups de boutoir, les penseurs de la déconstruction s’en sont donnés à cœur joie pour appuyer ces thèses et inventer toujours plus de calomnies.
Il est d’ailleurs amusant de constater, pour l’anecdote, que l’hebdomadaire Marianne qui avait honteusement titré sur « Le pape qui garda le silence face à Hitler », s’est confondu en excuses par le biais de son web-magazine Marianne 2, dans lequel un historien expliquait de manière convaincante que le travail de l’Eglise catholique ne pouvait, et ne devait pas se faire au plus grand jour, et qu’il fut par conséquent secret et efficace.
Une évidence. Bien évidemment niée en bloc par les idéologues. Autre évidence, chiffrée cette fois-ci, celle de la question de l’esclavage. Madame Christiane Taubira avait, lors de son passage au gouvernement Jospin, fait voter une loi de reconnaissance historique des traites et des esclavages comme crime contre l’Humanité. Fort bien, me direz-vous. Léger hic: cette loi ne fait qu’état de la traite des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes… par les blancs. Réaffirmons-le haut et fort: l’esclavage est inacceptable et sa disparition progressive est un bienfait absolu. Cependant, disons-le également: tous les esclavages sont inacceptables, pas seulement ceux établis par les occidentaux ! Le plus grand flux d’esclavage, et sur ce point Madame Taubira a délibérément menti, fut celui a alimenté en esclaves noirs le monde musulman pendant plus de onze siècles. En écartant de l’enseignement de l’Histoire cette réalité historique, des élus de la République ont manipulé les consciences et cherché à les éloigner de la Vérité.
Ainsi, il y a à la fois une volonté manifeste de salir la mémoire d’hommes et de femmes symboliques de ce qu’a été l’Europe et de ce qu’elle nous apprend, mais également une recherche de la culpabilisation des héritiers de cette civilisation, de sorte à ce qu’ils renient leurs racines, qu’ils nient l’évidence et se coupent de tout socle solide de pensée. La vigilance et le rappel acharné de la vérité sont nos meilleurs alliés à ce stade. N’oublions jamais que rien n’est jamais acquis, et que ceux qui triomphent aujourd’hui sont ceux qui déchanteront demain.

Souhaitées par nos adversaires, donc, ces transformations sont déjà bien engagées. Les hommes de bonne volonté comme nous sont amenés, de plus en plus régulièrement, à s’élever contre ces modes de pensée unique. Nous vivons cependant une époque formidable: la déconstruction ayant achevé son oeuvre et agissant désormais comme un serpent qui se mord la queue, tout est à reconstruire, à repenser ! Il est de notre devoir moral de contribuer sainement à cette reconstruction.
Y contribuer en défendant l’idée d’une continuité créatrice, celle qui permet de renouer avec le fil du Temps. Repensons nos civilisations en nous inspirant d’Athènes, de la Jérusalem céleste et de Rome. Soyons les dignes héritiers de cette Europe que Paul Valéry décrivait comme hellène, latine et chrétienne. Nous restons certains que l’Homme dans sa grandeur et sa transcendance pourra, le temps venu, reprendre sa marche, sans imitation aveugle ni destruction maladive des actes du passé.

*si fueris Romae, Romano vivito more; si fueris alibi, vivito sicut ibi

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Commentaires

Un commentaire concernant l'article “VERS LA DÉCONSTRUCTION : ULTIMES CONSTATS”

  1. Rochedy le 27 janvier 2010 à 12:47

    Bon article ! Très intéressant pour moi, personnellement, parce qu’il découvre une approche de nos idées toute différente de la mienne. La leur est platonicienne, chrétienne et saupoudrée de kantisme ; la mienne est encore éminemment nietzschéenne. Et nous sommes pourtant d’accord. Très intéressant donc.