L’AMERTUME ET LA VERTU DE L’AFFAIRE CLEARSTREAM

28 janvier 2010 par admin  
article classé dans : Chroniques, Emediat Info, Politique

Chronique de Camille Gignac

L’affaire judiciaire est mille fois connue, ses protagonistes aussi, et aujourd’hui ce sont eux qui proposent le récit prématuré de la future Election Présidentielle de 2012 … à droite en tout cas. Désormais, le Président de la République le sait : l’UMP ne sera pas seule à la droite du MoDem pour l’année qui doit être, dit-on ces dernières semaines, celle de l’apocalypse. Dominique De Villepin, ancien Premier ministre et « ancien futur candidat présupposé » (les choses sont compliquées), vient d’être blanchi dans l’affaire Clearstream. Cette épopée, relative aux faux listings incluants notamment des noms de responsables politiques détenteurs présumés de comptes bancaires à l’étranger, a livré l’un de ses derniers chapitres. Car pour les analystes politiques l’éssentiel est joué désormais : Dominique De Villepin est libre de mettre des oursins dans les pattes de la droite parlementaire.

Le chevalier blanc malheureux du CPE a précisé qu’il n’y avait pas de rancoeurs en lui … de l’ambition ?… à n’en pas douter. Le club Villepin crée sur le net, les relais parlementaires, certes modestes, que sont Hervé Mariton, Jean-Pierre Grand ou encore Georges Tron ou encore les quelques déclarations piquantes sur la gestion des grandes réformes et l’identité nationale : tous cela annonce un duel frétillant aux accents rugbystiques : « viril mais correcte ». Correcte, oui car l’important est aussi (et surtout) de préserver la droite pour le long terme car les frictions semblent à partir d’aujourd’hui inévitables entre villepinistes et sarkozystes. Un dualisme qui ne nous est pourtant pas étranger, il fut déjà question de cela il y a 4 ans.

Mais aujourd’hui, la donne a changé. Le pouvoir s’est usé. La droite s’est métamorphosée. L’ouvertume a encensé puis décridibilisé la droite aux affaires. De l’autre côté de la rive, on a su observé, on a su attendre, on a su se taire mais on sait désormais que faire : rassembler. « Le rassemblement », le mot a été prononcé par Dominique De Villepin quelques minutes après la délivrance. Les mots à la presse ne furent pas nombreux mais ils furent bien choisi. L’appel est donc lancé, deux bras droits sont envisagés : l’orange et le violet. Le premier, en perte d’inspiration depuis les européennes et ayant une facheuse tendance à virer au rose verdâtre : le MoDem de François Bayrou. Le deuxième, novice sur la scène médiatique mais avisé en politique depuis 1999, chantre du gaullisme social et du patriotisme retrouvé : Debout La République. Deux armes qui pourraient, au moment venu, bien épauler un mouvement qui semble se limiter à quelques dizaines de députés.

Pour le pouvoir sarkozyste, ce jeudi sonne comme un certain jeudi noir que le monde a connu en 1929 … amertume. La droite a désormais des oeillères car bien que fidèle à l’UMP, celui qui se présente à elle aujourd’hui est imprévisible : emploi, immigration, identité nationale, fiscalité, écologie, sécurité … à quelle sauce « DDV » va t-il faire bouilloner la « sarkozye » ?
Dominique De Villepin fera de cette interrogation la vertu de son parcours dans les prochains mois. Etre modéré et conciliant, sans doute le sera t-il sur la forme. Contradicteur redouté, avisé et parfois intransigeant, peut-être le sera t-il sur le fond.

L’ancien fidèle de Jacques Chirac et inspirateur de la dissolution de 1997 semble plus rassembleur que jamais. De passage dans un quartier de Bondy en Seine-Saint-Denis, DDV n’a pas manqué d’affiner et de préciser ses objectifs : « alternative politique », « servir la France et les Français », « tradition gaulliste, sociale, républicaine », « injustices », « détermination [...] très forte ». N’importe qui aura compris qu’il s’agit d’un candidat à une élection. L’épicerie De Villepin propose l’ensemble du panel du candidat parfait à ses clients : l’identité du projet, la motivation, la désignation du ou des adversaires et la touche « proximité ».

Commençons la partie d’échec : prenons la question du Front National. A l’heure où le « granit » solide du discours sarkozyste en 2007 tend ces derniers mois vers l’éffritement. L’inconscient chiraquien avance ses pions et pose son joker au dialogue avec le FN, mais le nouveau De Villepin est-il à même de proposer une synthèse des deux pensées qui ont clivé la droite sur ce sujet ?

Preuve est faite que le mouvement qui se déssine doit se dévoiler et clarifier ses choix. Le temps de la division à droite viendra bien assez tôt, « se distinguer pour mieux règner », voilà qui pourrait être la marche à suivre.

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