QUE VA DEVENIR LE MPF ?

21 mars 2009 par admin  
article classé dans : Lu dans la presse, Politique, Tribunes

pmcPar Paul-Marie Coûteaux, député français au Parlement européen

Vous n’avez pas reçu grande information sur l’accord avec Libertas que vous avez, selon le mot utilisé dans un article du Figaro en date du 9 mars dernier, « entériné » lors du (très court) « Conseil national » du samedi 7 mars dans les locaux de « Libertas France » – entériner serait beaucoup dire, selon la relation que plusieurs présidents de fédération m’en ont faite ensuite (deux d’entre eux me disant dans les même termes, sans certainement se consulter, que « le MPF était le dernier parti bolchévique d’Europe »), d’autant que les trois seules personnes qui ont osé intervenir se sont entendu répondre que quiconque avait des objections serait mieux avisé de rester chez lui. Sans doute, aurai-je dû vous informer plus tôt de mes scrupules : mais, outre que je ne me suis résolu qu’au mois de février à me dégager de toute référence à la si mal nommée Libertas, et que j’ai longtemps cru qu’il serait possible de laisser ce label dans un coin, je ne voulais pas, en laissant circuler trop d’informations, prendre le risque de porter à la connaissance de nos concurrents de juin des arguments qui pourraient se retourner contre nos candidats. Par dessus tout, j’ai longtemps pensé pouvoir faire comprendre à M. de Villiers le piège dans lequel son nouvel entourage le précipitait – ce piège qu’ont déjoué nos collègues les uns après les autres ; je pensais que le président du MPF était de taille à se dégager (après tout, lors des dernières européennes, notre directeur de campagne était, encore en mars, Aymeric Chauprade…). C’est ainsi que j’écrivis ces dernières semaines plusieurs lettres à Philippe de Villiers, dont, respectant les hiérarchies, je donnai copies à Patrick Louis, secrétaire général du MPF – lequel me répondit chaque fois avec une demi-approbation embarrassée, me conseillant de rester tranquille pour ne pas perdre mon siège », conseil de bonne mais courte vue : du moins un conseiller s’appliquait-il pour une fois à lui même le conseil qu’il donnait aux autres.

Dans la dernière lettre que, dictée de Prague le 3 mars, j’adressais à Philippe de Villiers, je lui disais : « Cher Philippe, je vous demande d’ouvrir les yeux ; Declan Ganley et son traducteur en français n’ont, au mieux, rien à voir avec le souverainisme : c’est le vieux discours UDF qu’on veut nous faire endosser – raison pour laquelle vient d‘être nommée au service de presse de campagne une nouvelle venue chargée de « l’argumentaire », comme si, d’argumentaire, nous étions dépourvus. Philippe, je vous demande de vous reprendre et de changer votre dispositif de campagne, tant qu’il en est encore temps. Le MPF est constitué de femmes et d’hommes conscients des enjeux politiques, dévoués et remarquablement fidèles, bien que vous ne les connaissiez et les rencontriez que fort peu. Comment voulez-vous qu’ils endossent tout à coup, après un si long temps d’interrogations et de silence, un discours si éloigné de celui qu’ils ont élaboré, défendu, tenu avec vous pendant si longtemps ? Je regrette d’ailleurs qu’on paraisse vouloir les laisser à l’écart ces temps-ci, au point que le site Libertas eu. a fait paraître en février cette curieuse annonce “Pour la France, Libertas recherche des candidats de haut niveau pour les élections de juin 2009” ; c’est à rêver ! Ces candidats d’un nouveau type seraient, aux dernières nouvelles, présentés avec tous les candidats Libertas d’Europe à Rome, le 25 mars prochain pour fêter l’anniversaire du Traité de 57. La chose est d’autant plus incongrue que l’on songe, au siège de Libertas eu. (qui décidément prend toute la campagne en mains), à vêtir tous ces candidats de T-shirts orange où serait écrit : ” A new Team For Europe” ! Cher Philippe, je n’ai pas écrit ce que j’ai écrit depuis Maastricht pour célébrer à Rome dans cet accoutrement le traité de Jean Monnet. Ouvrez enfin les yeux : il me paraît probable que les forces qui s’emparent de vous soient celles-là même qu’Alexandre Varaut dénonçait comme ourdissant un complot contre vous dans le si mauvais procès qui vous accable et accable votre famille depuis deux ans. Sortez de ces remugles ! Vous comprenez mon souci de m’ouvrir à vous, ne serait-ce que pour que vous soyez conscient de tous les éléments de la situation. Croyez bien, cher Philippe, que je le fais comme toujours dans un esprit de fidélité et d’indépendance, c‘est-à- dire de confiance».

J’obtins pour toute réponse un coup de téléphone me demandant de ne pas me rendre au Conseil national du 7 mars, et la proposition de dîner à Strasbourg le 9 mars. Du moins donnai-je, en prévision de ce Conseil, quelques informations à certains de mes amis cadres du MPF (dont tous les présidents de fédération de l’Ile de France dont je suis l’élu), et dinai le 6 mars au soir avec Edouard Delorme, dîner auquel Jean-Louis Millet devait se joindre. Puis, vint le dîner de Strasbourg ; l’atmosphère était rendue lourde par la parution le matin dans le Figaro d’une information selon laquelle la liste dite Libertas en Ile de France serait confiée à Jérôme Rivière, ce qui m’étonna, car cette information était contraire aux assurances que m’avait constamment données M. de Villiers. Je savais certes « JR » assez lié à M. Ganley pour avoir été nommé directeur de la campagne, mais demandai à Philippe de Villiers de désavouer cette curieuse annonce de candidature. Il me répondit qu’il ne le pouvait pas, Patrick Louis finissant par admettre qu’elle venait en effet directement de… Libertas eu. : ainsi, c’est de Bruxelles qu’on annonçait désormais nos candidats, le MPF ayant bel et bien disparu ! Je dis alors que, si le MPF et son président restaient les jouets d’une manipulation honteuse, je sortirai des équivoques en annonçant dès le lendemain ma candidature, partant enfin en campagne, devoir naturel et légitime d’un député sortant qui n’entend pas se retirer. Conscient que certains esprits bas de plafond présenteraient mes préventions publiques contre l’opération Libertas comme consécutives au dépit d’être écarté, alors que la vérité était exactement inverse, conscient aussi des campagnes et contre-feux auxquels je m’exposais, je n’en pris pas moins mes résolutions dans la nuit.

Je demande à présent aux présidents de fédération du MPF d’ouvrir les yeux et de s’informer : si le MPF ne le faisait pas, il disparaitrait tôt ou tard, et avec lui les principes de la souveraineté nationale qu’il incarne. Au reste, les souverainistes ont-ils besoin de Libertas ? S’il s’agit d’obtenir un financement, je rappelle que la chose est interdite, tout camoufage, s’il est hélas possible (et, je crains bien, envisagé), nous exposant à de lourdes rétorsions : en somme, nous aurons le soupçon sans avoir la chose. De surcroit, ce prétendu « label » est d’ores et déjà démonétisé, les candidats recrutés par internet à travers l’Europe pouvant à tout moment le rendre fort toxique : en un mot, c’est un boulet, et l’opération Libertas est un échec ; en France, elle le sera d’autant plus que nos adversaires et concurrents, de part et d’autre, glosent sur l’étonnante bannière étrangère sous laquelle les souverainistes français font campagne, ce qui en effet contrarie notre message à angle droit. Des députés de notre groupe sont requis pour apporter des témoignages sur « le piège Libertas ». Dans le contexte présent, où d’ores et déjà deux listes opposées à la supranationalité sont (malgré tous mes efforts) entrées en concurrence, il est certain que, à moins de changer de stratégie, aucun candidat Libertas ne sera élu (sinon Philippe de Villiers), et que, en particulier, le siège d’Ile-de-France, dont je m’estime comptable, nous échappera il n’est même pas sûr que tout candidat Libertas dans cette région obtienne 3%. L’heure n’est pas à la passivité ; il est encore temps ; mais ce temps presse. A tout le moins, je suggère qu’un authentique Conseil national se réunisse et, après une véritable information, réexamine sérieusement l’accord avec l’équivoque Libertas.

Mettons nous en campagne, sans attendre que soit prête cette opération Libertas Europe qui est loin de l’être. Pourquoi ceux qui ont le plus à dire sur l’Europe se condamneraient-ils à se taire, alors qu’une occasion leur est donnée de prendre la parole ? La situation n’est pas mauvaise aujourd’hui pour ceux qui ont su, comme nous, dénoncer un échafaudage supranational qui partout vacille. Si nous savons illustrer haut et clair le discours qui fut le nôtre sur l’Europe (compétence générale des Nations/Coopération organisée entre Etats souverains), nous attirerons à nous bien des Français, si déboussolés par ce qu’il est convenu d’appeler la crise et qui, sans une politique nationale hardie, pourrait devenir une longue et irrémédiable décadence. Dans ces circonstances, cherchons donc l’union avec l’ensemble des forces authentiquement nationales plutôt qu’avec de mystérieux magnats : il est encore temps de faire un excellent résultat en juin, de sauver le MPF tant qu’il en est encore temps, et de faire en sorte qu’il joigne ses forces aux efforts du Rassemblement pour l’Indépendance et la Souveraineté de la France (RIF), organisation que j’ai l’honneur de présider et qui vous est proche, pour réaliser l’unité des opposants à la supranationalité, à l’intégration de la France dans l’Union européenne et dans l’OTAN, c’est à dire, en fin de compte à la désagrégation de l’Etat, de la Nation et finalement de la Civilisation française.

C’est dans cet esprit, et dans cet espoir, que je vous prie de me croire votre amicalement et fidèlement dévoué,

Paul-Marie Coûteaux

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