FRANÇOIS BAYROU : « ON DONNE PLUS À TAPIE QU’AUX VILLES QUI VIENNENT DE PERDRE DES RÉGIMENTS »

Le Point : L’affaire Tapie/Crédit lyonnais est désormais close sur le plan financier. Votre sentiment ?

François Bayrou : La décision a été prise au sommet de l’Etat de renoncer à la défense des intérêts des contribuables et d’assurer la fortune de M. Tapie ! Et cela, alors que la plus haute juridiction française, la Cour de cassation, réunie en formation solennelle, avait conclu qu’il n’y avait pas lieu à une telle indemnisation. Le pouvoir politique actuel a méprisé cette décision et va donner 400 millions d’euros à M. Tapie. L’argent des contribuables prend en charge toutes les dettes accumulées par M. Tapie tout au long de sa vie, dettes commerciales, fiscales et sociales, et va faire de lui une des plus grosses fortunes françaises. C’est sans précédent et c’est bouleversant pour les citoyens qui ont du mal à joindre les deux bouts et à qui l’on dit que l’Etat est désargenté. Il faut comparer cette somme astronomique, 400 millions d’euros, aux 320 millions d’euros difficilement promis sur six ans aux régions entières victimes du départ des régiments. Ou encore, c’est l’équivalent de six mois entiers de paiement des franchises médicales par la totalité des assurés sociaux du pays.

Christine Lagarde, ministre de l’Economie, soutient qu’il fallait en finir.

Avec quoi fallait-il en finir, avec la défense de l’argent public, avec le respect du droit ? Quels étaient les intérêts urgents qui commandaient de donner cette fortune à M. Tapie ?

Votre proximité avec Jean Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais et candidat du MoDem aux municipales, et avec Eva Joly explique-t-elle vos critiques ?

J’ai beaucoup d’estime pour M. Peyrelevade, un homme de qualité qui a relevé le Crédit lyonnais. J’ai beaucoup d’estime pour Eva Joly, une magistrate incroyablement courageuse. Mais je me préoccupais de l’affaire Tapie bien avant de connaître l’un et l’autre. Avec Charles-Amédée de Courson [NDLR : député, il est administrateur de la structure qui chapeaute le CDR], nous avons interpellé les pouvoirs publics sur les risques que recélait cette affaire dès la précédente législature. C’est lui, en vérité, qui m’a fait découvrir le labyrinthe de ce dossier. Mais ce qui me préoccupe avant tout, c’est l’affaissement de l’Etat. Car M. Tapie n’est pas le problème. Des hommes comme lui, qui essaient de bâtir une fortune en se jouant des banques, du fisc, de l’Urssaf et des règles de droit, il y en a beaucoup, et il y en aura toujours. Sauf que, d’habitude, ils trouvent l’Etat devant eux dans le rôle du gendarme. Ici, au contraire, l’Etat a été un protecteur et un complice.

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