À LA PARADE

La parade du quatorze juillet commençait dans la tribune officielle place de la Concorde. Je ne crois pas que les quarante chefs d’Etat en aient été les vedettes. A moins que j’ai été trop mal placé pour m’en rendre compte. Je veux dire que je n’étais pas devant ma télé. J’étais dans la tribune officielle. Je n’ai donc assisté qu’à la version réelle de l’événement. C’est une version rabougrie. Comme vous le savez, le vrai événement ce n’est pas celui qui s’est réellement passé mais celui qui a été préparé pour vous et mis en image par Schmol (l’équivalent télé de Donald Caldwel). Cet événement mis en scène est celui qui compte puisque c’est celui qui vous a impliqué, si vous l’avez suivi devant vos écrans.

Mais dans la vraie vie, sous le velum de la tribune des importants, la star des stars c’était madame Carla Bruni-Sarkozy, l’épouse du chef de l’Etat. Woooo ! C’est une femme qui a une présence très rayonnante. Même la concurrence de la présence splendide de l’épouse de l’émir du Quatar (ensemble vert et toque verte) n’y a rien pu. Je n’ai pas perdu un instant de cette aimable comparaison. En effet, nous, les parlementaires, nous avons été installés derrière les épouses. Certes, les épouses n’ont aucun statut public. Mais il est très important qu’on les voit et qu’elles voient bien le défilé sans en manquer une bouchée. Je ne sais pas pourquoi c’est comme ça mais qui suis-je pour en juger ? Les enfants et petits enfants ne sont pas admis pour l’instant dans la tribune. Sauf ceux d’Ingrid Betancourt. Mais ce n’est pas pareil. Bien sur. Je ne sais pas pourquoi non plus mais je suis sur que je n’y ai pas assez réfléchi. Si les autres enfants devaient venir un jour on se reculera d’un cran sans problème. Quand les animaux de compagnie des familles des grands seront eux aussi de la partie je pense qu’on trouvera aussi où se replier sans déranger. Dans cette représentation de l’ordre juste du monde, le placement symbolique des parlementaires est un message à méditer. Un quatorze juillet, jour anniversaire de la fin de l’ancien régime, il faut penser avec sa mémoire historique. Mais sans en être encombré au point de se gâcher la fête.

Avant la parade et aussi un peu après, il y a eu un défilé ininterrompu pour saluer madame Bruni-Sarkozy. Elle a des gestes très gracieux de princesse. Ils soulignent les scènes touchantes devant lesquelles nous avons pu béer jusqu’à nous décrocher les mâchoires. Tous mes collègues, comme moi-même nous avons mitraillé comme des fous avec nos portables les moments les plus édifiants. Par exemple le rassemblement des groupies féminines du gouvernement autour de Carla Bruni-Sarkozy. Un vol d’étourneau qui se posa et s’envola après une myriade de bisoux complices ! Délicieux. Et aussi toutes sortes de gens qui avaient une chose urgente à débattre immédiatement avec des airs de terrible préoccupation. Cette pauvre femme les a tous reçu séance tenante et auditionné la tête penchée par l’intérêt des sujets qui lui ont été présentés.. Avait-elle le choix ? Non bien sur. Elle souriait. Peut-être que je souriais aussi en la regardant. Ça prouve que je suis moins féroce jacobin qu’il y parait. Et aussi que je suis un des rares à gauche qui continue à apprécier la voix troublante de la Bruni, même depuis qu’elle a marié un gars de droite.

Sinon j’ai pas aimé la parade à l’américaine du début avec les clownesques mouvement de chorégraphie, ni le défilé des bachibouzouc de l’UN (united nations I suppose ?). L’armée ça sert pas à danser et c’est pas la peine d’essayer de le faire croire. L’armée c’est pas une bande de chouette copains de tous les pays qui se déguisent tous de la même façon. la violence organisée et légitime des états n’est pas soluble dans le dysneyland qui envahit tout. Funeste illusion d’y croire.

Et l’armée ça doit se taire se taire et obéir. Le citoyen qui est dans le soldat de métier, comme dans tout autre profesionnel, a un devoir de plus que les autres. Celui du silence face aux décisions du pouvoir civil. Car pour un brave piou piou du 17ème chers à la mémoire des naïfs de gauche combien de Bonaparte, de Boulanger et tutti quanti ?

Le défilé est resté militaire et pas syndical nonobstant la une de « Libération ». Encore heureux !

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