BANLIEUES : LES RISQUES DE RÉCESSION FONT CRAINDRE LE PIRE

Trois ans après les émeutes dans les banlieues françaises, rien de vraiment tangible n’a changé dans les quartiers défavorisés, toujours gangrenés par le chômage, et les perspectives de récession y font craindre le pire.

«Nos gouvernants n’ont pas pris la mesure des problèmes», estime Mohamed Mechmache, président du collectif AC le feu, fondé après les émeutes et qui, il y a deux ans, avait présenté aux députés le résumé de 20 000 «doléances» rassemblées dans 120 villes de France. Les émeutes avaient éclaté le 27 octobre 2005 après la mort accidentelle de deux jeunes poursuivis par la police. Durant trois semaines, ces violences avaient fait des centaines de blessés, et plus de 10 000 véhicules et quelque 300 bâtiments, dont des écoles, avaient été incendiés.

«La situation est de plus en plus alarmante et une action publique de grande ampleur est une urgence» mais «la seule chose qui existe, ce sont des effets d’annonce», dénonce M. Mechmache.

Depuis la crise financière, «on a trouvé de l’argent pour les banques et les entreprises, mais quand le gouvernement va-t-il sérieusement s’occuper de trouver l’argent pour régler nos difficultés?», demande-t-il.

En juin, le gouvernement a lancé la mise en oeuvre d’un plan «Espoir-Banlieues» pour ces quartiers défavorisés où vivent quelque 5 millions de personnes, dont une forte proportion d’habitants originaires d’Afrique et où le chômage touche parfois jusqu’à 40% des jeunes.

L’ambition de ce plan sur trois ans, critiqué pour son manque de moyens, est de désenclaver ces banlieues, fournir du travail aux jeunes, lutter contre l’échec scolaire et la délinquance.

Et la secrétaire d’État chargée de la politique de la Ville Fadela Amara se veut optimiste. «Depuis le début je dis que je ne suis pas inquiète. Mon budget propre augmente de 9% en 2009 et le président Sarkozy a su mobiliser chaque ministère», explique-t-elle.

«On a commencé à décliner toutes les mesures du plan banlieue», dit-elle, citant pour l’éducation : «le busing (sortir les élèves de leur «ghettos» pour les scolariser dans des établissements d’autres quartiers, ndlr), les internats, le soutien scolaire en zones prioritaires».

En ce qui concerne l’emploi, le plan Espoir-Banlieue vise la création de 45 000 «contrats d’autonomie» pour les jeunes sur trois ans. Signés avec des organismes privés ou publics, ces contrats permettent d’assurer formation et suivi.

Mais sur le terrain, tout est très long à mettre en place. Les contrats d’autonomie par exemple, si tout se passe bien, ne seront que 4 300 d’ici la fin de l’année. «C’est vrai, il faut monter en puissance», concède Mme Amara.

Chez les élus de banlieue, en revanche, c’est l’inquiétude. François Pupponi, député-maire socialiste de Sarcelles, commune de la banlieue nord-est de Paris, se désespère. «On est touché de plein fouet par le chômage sur l’intérim», dit-il.

«On est inquiet aussi pour le logement», ajoute-t-il. «Les projets de rénovation urbaine commencent à ralentir. Maintenant, on nous dit qu’il n’y a plus d’argent», poursuit-il. «Dans le logement privé, c’est pareil. On arrivait à faire de l’accession à la propriété, mais là, les banques ne prêtent plus».

«Les différences territoriales se sont accrues depuis 2005», affirme le maire communiste de Sevran, également en banlieue parisienne, Stéphane Gatignon, pour qui «avec la crise, il va y avoir un nouveau décrochage».

«On ne peut pas prévoir les formes de la révolte mais il y en aura. Il faut un projet politique urgent» assure-t-il.

JEUX OLYMPIQUES : LES BARS INTERDITS AUX NOIRS ET MONGOLS

Cela fera bientôt 45 ans qu’un des discours les plus importants de l’Histoire a été prononcé. Un discours qui a fait souffler un vent d’espoir sans précédent; sur des millions d’américains; et sur des centaines de millions de personnes dans le monde. De ce discours, nous en avons tous le titre en mémoire mais nous sommes peu à l’avoir lu ou écouté. Malgré cela, nous connaissons tous les raisons qui ont amené Martin Luther King à mener un combat sans relâche, jusqu’à ce jour du 28 août 1963 où il a prononcé son fameux « I Have A Dream ». Nous connaissons aussi tous le message qu’il souhaitait transmettre aux américains, mais aussi à tous les citoyens de ce monde.

De ce discours, je ne citerai qu’un seul passage : “Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour le contenu de leur personne.”. Il avait à cet époque 34 ans et ses enfants ont aujourd’hui entre 45 et 53 ans.

Or, à l’heure où j’écris ces mots, nous sommes le 21 juillet 2008. Et il est une nation dans le monde, une nation vers laquelle le monde entier porte un regard attentif depuis de nombreux mois, une nation qui porte un cinquième de l’Humanité, une des nations où se jouera l’avenir du monde durant le 21ème siècle. Et c’est sur le sol de cette nation que va se dérouler d’ici quelques jours, le plus haut symbole de paix, de respect et d’union des peuples que représentent les Jeux Olympiques. Un événement qui se joue au-delà des couleurs de peau, au-delà des religions et au-delà des handicaps autour d’une seule cause, une cause universelle : celle du sport.

Ayant appris la nouvelle qui annonce qu’à Pékin, des consignes ont été données par les autorités de la ville pour interdire l’entrée des bars aux Noirs et aux Mongols, j’ai comme beaucoup été profondément meurtri. J’ai attendu quelques jours avant d’écrire car j’étais perdu entre colère et désemparement. Il ne s’agit là d’aucune affaire démagogique ou de bonne conscience, il s’agit seulement et simplement d’une émotion humaine à l’égard d’autres êtres humains. Je ne me considère donc en aucun cas comme un quelconque grand Homme mais je ne peux rester impassible devant un mensonge adressé à six milliards et demi d’êtres humains.

J’espère un jour avoir des enfants et pouvoir les regarder dans les yeux avec fierté, en leur expliquant que nous avons fait tout ce que nous avons pu pour éviter que cela n’arrive. Et j’espère aussi que ce « nous » sera très grand, j’espère qu’il sera le plus grand possible.

C’est pour cette raison que j’en appelle à tous ceux qui liront ce message d’humanisme à le diffuser le plus largement possible, chacun avec ses moyens, chacun avec sa langue, chacun avec ses mots, chacun avec ses sentiments et chacun avec ses convictions.

Je ne pousse à aucune consigne, j’attends juste de chacun qu’il agisse du mieux qu’il le peut pour faire entendre sa voix. Et je compte sur chacun pour le faire sans violence, sans haine, dans le respect de chaque être humain, et sans récupérer cette cause pour des enjeux personnels.

TOUR DE FRANCE : LA LUTTE CONTRE LE DOPAGE PROGRESSE, SELON CLERC

Patrice Clerc, directeur général d’Amaury Sport Organisation (ASO), organisateur du Tour de France, a assuré jeudi que la “guerre contre le dopage” était en passe d’être gagnée quelques heures après le contrôle positif de l’Italien Riccardo Ricco et le départ de son équipe la Saunier Duval.

“C’est évidemment une journée agitée de plus pour le cyclisme mais même si nous continuons à déplorer l’imbécilité de ceux qui continuent à braver le règlement, je veux dire qu’il n’y a rien d’étonnant”, a dit Clerc.

“On ne peut vouloir nettoyer le cyclisme et ne pas mettre les moyens en face de nos déclarations. Ce qui s’est passé aujourd’hui après Beltran et Duenas (déjà contrôlés positifs dans ce Tour) n’est que l’illustration de notre détermination sans faille de lutter contre le dopage.”

“Nous avions dit par le passé que ce serait long et difficile. La France s’est dotée d’une nouvelle loi à la veille du départ de Brest et cette loi stipule que les utilisateurs de produits dopants et non plus seulement les trafiquants sont passibles de sanctions pénales.”

“Cela explique les mises en garde à vue des coureurs déclarés positifs et leur mise en examen. On ne peut s’imaginer que tout va changer d’un coup de baguette magique mais on s’approche, de plus en plus, d’une situation acceptable”, a assuré Clerc.

“EXPLIQUEZ AUX LECTEURS QUE NOUS GAGNONS LA PARTIE”

Le directeur général d’ASO a préalablement raconté la manière dont il avait appris le contrôle positif à l’EPO de Ricco.

“Vers 12 heures, j’ai été prévenu qu’un mouvement de forces de police était effectué autour du car de l’équipe Saunier Duval et simultanément j’ai reçu un coup de téléphone de Pierre Bordry, le président de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage, pour m’annoncer que Riccardo Ricco recevait la notification de son contrôle positif à l’EPO”, a-t-il raconté.

“Nous nous sommes entretenus avec les dirigeants de l’équipe Saunier Duval. Ils ont pris la décision de se retirer de la course, de retirer tous leurs coureurs.”

Patrice Clerc a par la suite demandé à l’ensemble des journalistes à aller dans le sens de la “lutte” menée par ASO.

“Nous avons besoin de vous. Nous avons besoin de votre aide et que vous expliquiez aux lecteurs que nous gagnons la partie.”

“Nous avons besoin que ce sport retrouve sa crédibilité. Pour chasser la suspicion, il ne faut pas de tricheurs au départ. J’entends souvent parler de Tour de France propre mais justement, c’est un Tour où les gens sales sont partis.”

LA RUSSIE EST EN CAPACITÉ DE RÉPONDRE AUX EXIGENCES MONDIALES EN TERME ÉNERGÉTIQUE

Lors d’une réunion consacrée à l’industrie pétrogazière qui s’est déroulée en Russie, le premier ministre russe Vladimir Poutine a déclaré que la nation Russe est prête « actuellement, ainsi qu’à moyen et à long terme », à couvrir les nécessités de son propre marché mais aussi de répondre aux exigences des besoins des pays étrangers en ressources énergétiques.

Vladimir Poutine a déclaré que « Nous n’avons aucun doute (…) quant à notre capacité à couvrir pleinement les besoins de notre économie en pleine expansion et à remplir nos engagements devant nos partenaires étrangers » et « Comme par le passé, notre comportement sera responsable. Notre politique énergétique sera compréhensible, transparente et libérale. Nous n’avons aucune intention de basculer vers un quelconque égoïsme économique ».

Le premier ministre russe a insisté sur le fait que la Russie tiendra compte, à l’avenir, des besoins, des intérêts et des exigences de ses partenaires dans le monde, mais s’orientera prioritairement sur ses intérêts vitaux.

Vladimir Poutine a expliqué que « Nous ne nous adapterons à personne. Que ceux qui veulent travailler avec nous s’adaptent à nos conditions, évidemment, suivant les principes de marché et d’ouverture ».

LA PANIQUE GAGNE WALL STREET

L’annonce par les autorités du plan de sauvetage des deux géants du refinancement immobilier, Fannie Mae et Freddie Mac, n’a pas calmé les inquiétudes. Car la crise du crédit continue à faire des victimes, comme en témoigne la faillite de la banque californienne IndyMac.

Alors même que le gouvernement Bush volait au secours des deux plus grandes sociétés de refinancement du crédit immobilier, la confiance dans le secteur bancaire était, le lundi 14 juillet, en chute libre. En Californie du Sud, des queues interminables se sont formées devant les agences de la banque IndyMac, mise sous tutelle par les autorités fédérales le 11 juillet dernier, les clients se dépêchant de retirer leur argent. [C’est la plus grosse faillite bancaire depuis vingt-quatre ans.]

Pendant que les autorités tentent de rassurer les déposants, les analystes de Wall Street diffusent des listes d’institutions jugées vulnérables. Nombre d’investisseurs estiment que, malgré sa détermination à aider Fannie Mae et Freddie Mac [ces sociétés cotées en Bourse rachètent les prêts immobiliers à leurs émetteurs et les regroupent au sein de portefeuilles refinancés par des émissions de titres garantis], le gouvernement ne parviendra pas à freiner l’augmentation des créances devenues irrécouvrables, du fait de l’affaiblissement du marché de l’immobilier résidentiel et du ralentissement économique.

Sheila Bair, présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC, l’agence qui gère le fonds fédéral de garantie des dépôts bancaires), admet que quelques banques traverseront sans doute une mauvaise passe dans l’année à venir. Mais, selon elle, la dégringolade des valeurs bancaires, nourrie par les rumeurs circulant sur les marchés, ne présage pas des faillites en chaîne. “Les épargnants ne doivent pas croire qu’une chute en Bourse annonce la fermeture de leur banque”, martèle Mme Bair. “Je ne veux pas, en plus de nos problèmes de crédit, avoir affaire à un mouvement de panique.”

Mais, à Wall Street, le sauve-qui-peut a déjà commencé. Les investisseurs fuient en masse les valeurs bancaires. L’indice bancaire S&P 500 Bank a reculé de près de 10 %. Washington Mutual, la principale caisse d’épargne du pays, a perdu plus d’un tiers de sa valeur, ce qui l’a obligée à se fendre d’une déclaration assurant qu’elle était “bien capitalisée”. National City, la principale banque de l’Ohio, a dû faire la même chose lorsque son titre a cédé près de 15 %. Les cours de grandes institutions du Tennessee, de l’Alabama et de la Floride se sont également effondrés.

Les craintes qui avaient saisi Wall Street lors de la chute de la banque Bear Stearns en mars dernier se sont ravivées à propos de Fannie Mae et de Freddie Mac la semaine dernière [les autorités ont présenté dimanche un plan d’urgence pour tenter d’enrayer leur plongeon en Bourse]. C’est maintenant au tour des banques de petite et moyenne importance d’en faire les frais, nombre d’entre elles s’étant fortement engagées sur des marchés immobiliers locaux affaiblis. Les investisseurs doutent que ces établissements profitent du même traitement que Bear Stearns et les deux géants du refinancement immobilier. “Le marché se demande qui est trop petit pour bénéficier d’un plan de sauvetage ?” explique William Gross, de la société PIMCO [leader mondial de la gestion obligataire].

D’après la banque d’affaires Goldman Sachs, les banques régionales seront obligées de réduire leurs dividendes afin de préserver leurs finances, une déclaration qui a fait plonger l’action de Zions Bancorporation, dans l’Utah, et de First Horizon National Corporation, dans le Tennessee.

Le bruit selon lequel les clients de National City retireraient leur argent est démenti par la banque. “Nous ne constatons aucune activité inhabituelle concernant les déposants ou les créanciers aujourd’hui”, affirme Kristen Baird Adams, la porte-parole. “Les spéculations vont bon train sur le marché.” Ces derniers bruissent de mille rumeurs malgré la mise en garde lancée le 12 juillet par la Securities and Exchange Commission (SEC, l’autorité des marchés américains), à l’encontre des courtiers qui diffuseraient de fausses informations.

Les analystes s’attendent à voir 50 à 150 institutions mettre la clé sous la porte dans les douze à dix-huit mois qui viennent. Au premier trimestre 2008, la FDIC a publié une liste de 90 banques en difficulté. IndyMac n’y figurait pas. Elle a pourtant fait faillite.

LA RUSSIE RENFORCE SON ÉCONOMIE NATIONALE ET SOUTIEN UN MARCHÉ MONDIAL ÉQUITABLE

Alors que vient de s’achever une réunion gouvernementale regroupant les vices-premiers ministres et les ministres présidée russes présidée par le premier ministre Vladimir Poutine, celui-ci vient de définir les grandes lignes stratégiques économiques de la Russie. M. Poutine a assuré que la Russie doit diminuer la dépendance de son économie à l’égard des importations et son influence négative sur la population en assurant la compétitivité de son industrie.

M. Poutine a insisté sur le fait que « Nous souhaitons créer des conditions permettant à notre pays de réaliser son potentiel compétitif, de se faire une bonne place sur le marché mondial et de protéger notre population contre les conséquences négatives de la dépendance excessive des importations ».

Le premier ministre russe a conclu cette réunion en affirmant que « Nous ne sommes pas contre les importations, nous préconisons un accès équitable et honnête aux marchés réciproques pendant les négociations sur l’adhésion russe à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et dans nos discussions bilatérales ».

GDF SUEZ, DERNIÈRE ÉTAPE AVANT FUSION POUR LE NOUVEAU GÉANT FRANÇAIS DE L’ÉNERGIE

Après vingt-neuf mois de rebondissements, le feuilleton de la fusion entre Gaz de France et Suez touche à sa fin. Les deux groupes réunissent aujourd’hui leurs assemblées générales respectives pour entériner leur rapprochement. Ce dernier donne naissance à un nouveau poids lourd du paysage énergétique européen, dont la capitalisation boursière avoisinera les 90 milliards d’euros.

Huit cent soixante-treize jours. Presque deux ans et demi. C’est le temps qu’il aura fallu à Suez et Gaz de France pour finaliser leur fusion et donner naissance à un nouveau poids lourd européen de l’énergie.

A l’issue de cet éprouvant marathon, les deux groupes sont désormais assurés de recueillir, aujourd’hui, l’assentiment de leurs assemblées générales respectives. Pour Suez, ce sera chose faite ce matin. Pour GDF, en milieu d’après-midi. Ne restera plus, alors, que quelques « formalités ».

Dès demain, l’arrêté de privatisation de Gaz de France sera publié au « Journal officiel » et, dans les jours qui viennent, les équipes dirigeantes prendront progressivement possession de leurs nouveaux bureaux, dans le quartier du parc Monceau, à Paris.

Conformément au schéma dévoilé en septembre, le rapprochement donnera lieu à deux opérations concomitantes : parallèlement à la fusion proprement dite, qui sera circonscrite aux activités énergétiques des deux groupes et se fera par échange de titres (22 actions Suez donnant droit à 21 actions GDF), Suez s’apprête à mettre en Bourse 65 % de ses activités eau et propreté. Le nouvel ensemble et sa filiale Suez Environnement feront leurs premiers pas boursiers le même jour, mardi 22 juillet.

Dossiers sensibles

Des pas de géant, en ce qui concerne la maison mère, qui se hissera d’emblée au 2e ou 3e rang de l’indice CAC 40, avec une capitalisation boursière proche de 90 milliards d’euros. Même amputé de son pôle environnement, le groupe qui se dessine rivalisera désormais avec les deux autres leaders européens du secteur, l’allemand E.ON et le français EDF.

Dans le gaz et l’électricité, tous les trois pèsent désormais entre 60 et 70 milliards de chiffre d’affaires. L’écart est donc creusé avec des acteurs tels que RWE, Iberdrola ou Enel, qui sont pourtant eux aussi des poids lourds du paysage énergétique européen.

Quelques dossiers sensibles attendent le nouveau groupe : le nucléaire en fait partie. Après la décision de principe de construire un deuxième réacteur EPR sur le territoire français, le PDG de Suez a fait savoir qu’il était prêt à s’impliquer dans ce projet et qu’une décision en ce sens pourrait être prise dès le début de l’année 2009. Très vite, Gérard Mestrallet devrait notamment avoir l’occasion de tester l’Etat, son premier actionnaire (à 35,6 %), sur la délicate question des tarifs gaziers. Un sujet brûlant que Jean-François Cirelli, le patron de GDF, ne devrait pas être mécontent de lui léguer.

Si le gouvernement n’a pas souhaité voir évoluer les prix du gaz en juillet, la flambée des coûts d’approvisionnement de GDF laisse en effet clairement présager une nouvelle augmentation des tarifs à la rentrée. Une hausse qu’il sera difficile d’expliquer aux ménages français, dont la facture s’est déjà alourdie de près de 10 % depuis le début de l’année 2008. Surtout si elle coïncide avec la distribution du dividende exceptionnel annoncé hier. A elle seule, cette petite prime offerte aux actionnaires de GDF Suez amènera le groupe à débourser avant la fin de l’année pas moins de 1,8 milliard d’euros.

ÉRIC WOERTH : IL FAUT PRÉPARER LES ESPRITS À DES « CONTRAINTES EXTRÊMEMENT FORTES »

Le ministre du Budget, Eric Woerth a détaillé mardi son programme budgétaire sur les trois années à venir.

Les contraintes sont énormes. Au programme : le gèle de crédits, des changements radicaux pour l’avenir de la Sécurité sociale et surtout la suppression de 30 600 fonctionnaires, dont 13 500 au sein de l’Education nationale, d’ici 2009.

M. Woerth a souhaité, lors de cette réunion, marquer les esprits afin de les préparer à des « contraintes extrêmement fortes ». Il a ensuite déclaré que ces mesures budgétaires ciblaient « l’objectif de non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux ».

C’est pour répondre à la mauvaise gestion de l’Etat que le ministre à exiger un plan de « rigueur » afin que « l’équilibre de nos finances publiques en 2012 et de la Sécurité sociale dès 2011 » soit garantie.

Philippe Séguin, président de la cour des comptes, déclarait dans son rapport annuel que la dette par français s’élevait à 47000 euros et ne croyait pas au retour à l’équilibre des comptes de l’Etat promis par François Fillon et le gouvernement.

En 2007, le déficit public de l’Etat se chiffrait à 50,3 milliards d’euros, soit 2,7% du PIB.

JEAN-CLAUDE MARTINEZ : À PROPOS DE L’ÉCHEC DES NÉGOCIATIONS DE L’OMC

Après l’échec de la session de Hong Kong en décembre 2005, de la session de Cancun en 2003, sans parler de l’échec de la session de Seattle en 1999, le nouvel échec de Genève juillet 2008, dans les négociations commerciales planétaires, devrait faire comprendre qu’il y a des causes fondamentales à cette situation permanente.

Elles ne tiennent pas, même comme l’imaginent les plus réalistes, au fait que l’agriculture, depuis septembre 1986 au sommet de Punta del Este, est intégrée dans les cycles commerciaux planétaires. Au même titre que l’industrie ou le secteur des services.

Certes, dans le contexte de la crise alimentaire planétaire, le dossier agricole, qui est heureusement revenu au centre des préoccupations politiques, amène un obstacle majeur à la signature de l’accord commercial global. Mais là, c’était déjà le cas à Cancun, en septembre 2003, où, sur le coton, les pays africains avaient, à très juste raison, bloqué les négociations.

La vraie cause est ailleurs. Elle tient dans l’erreur majeure qui est faite depuis le début des négociations commerciales mondiales. C’est-à-dire depuis le GATT en 1947.

En effet, depuis soixante ans, le monde s’est fourvoyé dans la voie stupide de la réduction des droits de douane pour aller à leur suppression.

Or, la réduction des droits de douane est, en premier lieu, techniquement très difficile, en dépit des apparences. La meilleure preuve est fournie par la complexité des formules mathématiques que l’on cherche à inventer. Par exemple, la formule suisse pour réaliser cette réduction.

Mais, en deuxième lieu, il est consternant de voir 153 ministres du commerce extérieur, 153 ministres de l’industrie ou 153 ministres de l’agriculture, au titre de membres de l’OMC, sans parler du commissaire européen au commerce extérieur, s’échiner à poursuivre dans la voie archaïque de la réduction des droits de douane, alors que la science fiscale, elle, a fait un bond technologique majeur avec l’invention des droits de douane déductibles. Qui rend la vieille technique de la réduction des droits de douane et leur suppression aussi obscurantiste que serait la pratique des saignées de Molière dans la médecine d’aujourd’hui.

Prenant la forme d’un crédit douanier déductible par l’exportateur de ses achats réalisés dans le pays importateur, ces droits de douane déductibles résolvent le problème jusqu’ici insoluble de la conciliation entre la nécessité du commerce international et les tout aussi nécessaires protections des agricultures et des économies nationales. Les droits de douane déductibles font muter la vieille technique douanière, remontant rien moins qu’au droit de porte du vieil empire romain, en un droit de douane modulable, remboursable, négociable et bonifiable.

C’est l’unique solution et la seule solution efficace pour sortir les négociations commerciales planétaires de l’impasse stupide où elles sont enlisées par l’obscurantisme de 153 gouvernements et de leurs conseillers.

10 QUESTIONS SUR LA CRISE

1. « Subprimes » ? Le point de départ est une véritable escroquerie. Les banques occidentales ont gagné énormément d’argent sur le dos de ménages US en grande difficulté à qui on extorquait des remboursements exagérés. En se disant que s’ils ne parvenaient pas à rembourser, on raflerait leur maison pour une bouchée de pain.

2. Seulement une crise bancaire ? Pas du tout. Il s’agit d’une véritable crise économique qui démarre par le secteur bancaire, mais dont les causes sont bien plus profondes. En réalité, toute l’économie US vit à crédit depuis plus de trente ans. Les entreprises s’endettent au-delà de leurs moyens, l’Etat s’endette au-delà de ses moyens (pour faire la guerre), et on a systématiquement poussé les particuliers à s’endetter, seul moyen de maintenir artificiellement une croissance économique.

3. La cause profonde ? Pas question de l’indiquer dans les médias traditionnels. Pourtant, les subprimes ne sont que la pointe de l’iceberg, la manifestation la plus spectaculaire d’une crise générale de surproduction qui frappe les Etats-Unis, mais aussi les pays occidentaux. Si le fin du fin pour une multinationale consiste à licencier des travailleurs en masse pour faire faire le même travail par moins de gens, si en plus on baisse les salaires par toutes sortes de mesures et avec l’aide de gouvernements complices, à qui donc ces capitalistes vendront-ils leurs marchandises ? Ils n’ont cessé d’appauvrir leurs clients !

4. Juste une crise à surmonter ? L’Histoire montre que le capitalisme est toujours allé d’une crise à l’autre. Avec de temps en temps, une « bonne guerre » pour en sortir (en éliminant des rivaux, des entreprises, des infrastructures, ce qui permet ensuite une jolie « relance »). En réalité, les crises sont aussi une phase dont les plus gros profitent pour éliminer ou absorber les plus faibles. Comme à présent dans le secteur bancaire US ou avec BNP qui avale Fortis (et ça ne fait que commencer). Seulement, si la crise renforce la concentration du capital aux mains d’un nombre toujours plus petit de multinationales, quelle sera la conséquence ? Ces super – groupes auront encore plus de moyens d’éliminer ou appauvrir la main d’œuvre pour se faire une concurrence encore plus forte. Donc, retour à la case départ.

5. Un capitalisme moralisé ? Ça fait cent cinquante ans qu’on le promet. Même Bush et Sarkozy s’y mettent. Mais en réalité c’est aussi impossible qu’un tigre végétarien ou un nuage sans pluie. Car le capitalisme repose sur trois principes : 1. La propriété privée des grands moyens de production et de financement. Ce ne sont pas les gens qui décident, mais les multinationales. 2. La concurrence : gagner la guerre économique, c’est éliminer ses rivaux. 3. Le profit maximum : pour gagner cette bataille, il faut réaliser un taux de profit non pas « normal et raisonnable », mais un taux de profit maximum qui permet de distancer ses concurrents. Le capitalisme, c’est donc bien la loi de la jungle, comme l’écrivait déjà Karl Marx : « Le Capital a horreur de l’absence de profit. Quand il flaire un bénéfice raisonnable, le Capital devient hardi. A 20%, il devient enthousiaste. A 50%, il est téméraire; à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines et à 300%, il ne recule devant aucun crime. » (Le Capital, chapitre 22)

6. Sauver les banques ? Bien sûr, il faut protéger les clients des banques. Mais ce que l’Etat fait en réalité, c’est protéger les riches et socialiser les pertes. L’Etat belge, par exemple, n’avait pas cent millions d’euros pour aider les petites gens à maintenir leur pouvoir d’achat, mais pour sauver les banques il trouve cinq milliards en deux heures. Des milliards que nous devrons rembourser. Ironie du sort : Dexia était une banque publique et Fortis a avalé une banque publique qui tournait très bien. Grâce à quoi ses dirigeants et actionnaires ont réalisé de juteuses affaires pendant vingt ans. Et maintenant que ça va mal, leur demande-t-on de payer les pots cassés avec les milliards qu’ils ont mis de côté ? Non, on nous demande à nous !

7. Les médias ? Loin de nous expliquer tout ça, ils mettent l’accent sur des aspects secondaires. On nous dit qu’il faudra chercher les erreurs, les responsables, combattre les excès et bla bla bla. Or, il ne s’agit pas des erreurs de tel ou tel, mais d’un système. Cette crise était inévitable. Les sociétés qui s’écroulent sont les plus faibles ou les plus malchanceuses. Celles qui survivent, en acquerront encore plus de pouvoir sur l’économie et sur nos vies.

8. Le néolibéralisme ? La crise a été non pas provoquée mais accélérée par la mode néolibérale de ces vingt dernières années. Or, ce néolibéralisme, les pays riches ont prétendu l’imposer de force dans tout le tiers-monde. Ainsi, en Amérique latine, que je viens d’étudier en préparant mon livre “Les 7 péchés d’Hugo Chavez”, le néolibéralisme a plongé des millions de gens dans la misère. Mais l’homme qui a lancé le signal de la résistance, l’homme qui a démontré qu’on pouvait résister à la Banque Mondiale, au FMI et aux multinationales, l’homme qui a montré qu’il fallait tourner le dos au néolibéralisme pour réduire la pauvreté, cet homme-là, Hugo Chavez, les médias ne cessent de le diaboliser à coups de médiamensonges et de ragots. Pourquoi ?

9. Le tiers-monde ? On nous parle uniquement des conséquences de la crise dans le Nord. En réalité, tout le tiers-monde en souffrira gravement du fait de la récession économique et de la baisse des prix des matières premières qu’elle risque d’entraîner.

10. L’alternative ? En 1989, un célèbre auteur US, Francis Fukuyama, nous annonçait « la Fin de l’Histoire » : le capitalisme avait triomphé pour toujours, prétendait-il. Il n’a pas fallu longtemps pour que les « vainqueurs » se cassent la figure. En réalité, l’humanité a bel et bien besoin d’un autre type de société. Car le système actuel fabrique des milliards de pauvres, plonge dans l’angoisse ceux qui ont la « chance » (provisoire) de travailler, multiplie les guerres et ruine les ressources de la planète. Prétendre que l’humanité est condamnée à vivre sous la loi de la jungle, c’est prendre les gens pour des cons. Comment faut-il concevoir une société plus humaine, offrant un avenir décent à tous ? Voilà le débat qu’il nous incombe à tous de lancer. Sans tabous.